Les mains qui réalisent … Eveline

Istanbul, Turquie

« Je pars ! »

La première fois que j’ai rencontré Tuğba, j’ai adoré sa spontanéité et ses magnifiques cheveux aux reflets roux. Nous sommes très rapidement venues à discuter de nos parcours respectifs assez similaires. Elle m’a raconté avoir été avocate, spécialisée en fusion-acquisition dans le milieu bancaire. Après plus de 16 ans dans ce milieu très corporate, un jour, à un instant T, elle a atteint un point de saturation, et sans même attendre, elle a pris son téléphone pour appeler la RH et lui dire: « Je pars ! ». Quand je vous dit qu’elle est spontanée !

Elle faisait déjà de la céramique le week-end pour décompresser et le plaisir de créer de ses mains. Il y a 2 ans, lorsqu’elle a arrêté son travail d’avocate, elle a créé son compte Instagram et commencé à publier les photos de ses plats. Une copine a aimé et lui a demandé de lui en faire un pour elle, puis une autre et c’est comme ça que l’aventure a débuté, sur un ras-le-bol et une passion.

Biscuits et fournées

Installée dans un petit atelier qu’elle a aménagé dans un local servant à ranger les outils de jardinage, elle s’est créée un univers plein de calme et de douceur. Une machine a café, un peu de musique, quelques étagères récupérées ici et là et un four.

C’est ici que la magie opère, qu’elle crée ses plats, tasses, assiettes. Ici chaque pièce est unique et fabriquée avec amour.

La terre liquide est tout d’abord versée dans le moule de façon à le remplir entièrement. Elle va commencer à sécher depuis l’extérieur, c’est le point critique de la fabrication. Je la regarde concentrée, elle observe, souffle doucement sur le liquide pour faire de mini-vagues et contrôler la zone de prise. Il faut attendre le parfait moment, pour que l’épaisseur soit assez fine pour que le motif extérieur soit toujours visible à l’intérieur (signature de ces produits) mais pas trop pour qu’elle tienne la cuisson.

Une fois ce moment atteint, l’excès de terre est enlevé et ce qui reste dans le moule est nettoyé pour avoir des bordures propres. C’est à ce moment qu’elle marque sa signature avec un petit poinçon.

Après encore quelques heures de séchage, le plat va rétrécir et pourra facilement être retiré du moule pour une première cuisson de 24h à 970°C. Il en ressortira ce qu’on appelle le biscuit, le plat est alors mat et fragile. Il sera nettoyé de ses imperfections, brossé et poncé pour qu’il soit le plus beau.

Ensuite vient l’émaillage avec des pigments qui vont habiller le plat avant de repartir pour une deuxième cuisson de 24h à 1020°C.

Pour les bordures à l’or, une troisième cuisson de 15h est nécessaire. Mais Eveline et Rose-Anne sont tellement belles avec leurs bordures dorées à l’or fin !

Chaque ouverture du four est une surprise, comme la boîte de chocolat de Forrest Gump, on ne sait pas à l’avance sur quoi on va tomber. Un plat a-t-il explosé à la cuisson ? Ce nouveau pigment a-t-il la couleur attendue ? L’émail aura-t-il le même aspect ? Y compris dans une même fournée, il y aura des différences et c’est ce qui fait le charme de l’artisanat : avoir une pièce unique.

Je vous présente Osman et Mualla

En allant visiter son atelier, j’ai eu l’occasion d’en apprendre plus sur ses inspirations. J’y ai même fait la connaissance de son produit signature : les tasses Osman et Mualla que vous pouvez voir sur la photo à gauche.

Osman est le prénom de son papa et Mualla le prénom de la belle-maman de son père qui l’a élevé. Mais tout le monde croit que ces deux là forment un couple d’amoureux et ce duo de tasses devient son produit signature. Le jour de ma visite à l’atelier, ils sortaient tout chaud du four.

Derrière chaque plat, il y a une histoire, une anecdote et c’est ce que j’aime beaucoup avec Tuğba. Elle a à cœur de faire vivre des souvenirs dans de beaux objets, nous avons ça en commun et c’est pour cela que je suis ravie qu’elle fasse partie de l’aventure Maison Levantine.

Allez, encore quelques anecdotes sur des plats que vous avez peut être déjà chez vous : j’ai retrouvé l’origine de Julia, Molly et Eveline.

Dans une pension de famille où elle séjourne en vacances à Babakale, la ville la plus à l’ouest de la Turquie, elle voit un plat Arcopal. Ce plat appartenait à la dote de la mère de la propriétaire qui accepte de le lui prêter. Julia et Molly étaient nées.

Eveline quant à elle, est à l’origine un cendrier en verre des années 60.

I Define myself

Et Def-i-ne alors, d’où ça vient ?

Un peu du prénom de sa fille, Defne, mais surtout de son mantra, ce qu’elle se dit chaque jour dans son bel atelier, lorsqu’elle prend son café, qu’elle ouvre son four pour découvrir la fournée toute chaude de biscuits : « I define myself »